Elections 2019, où sont les femmes?


A deux mois des élections, le brouhaha électoral est bien présent. Pas un jour ne passe sans son lot de drames, de rebondissements, d'affaires, de scandales, de tweets et d'éditions spéciales.

Pourtant, ce qui me frappe le plus, c'est l'invisibilité des femmes de ces élections. Ou du moins la façon agressive dont on essaye de les effacer du débat.

Les élections 2019 sont placées sous le signe de la virilité. Si tu es femme tu dois te battre deux fois plus pour t'imposer, pour être crédible. Indéniablement, l'année du mouvement #MeToo a aidé les femmes à se faire remarquer sur la scène publique. Elles sont pourtant encore trop peu nombreuses dans le prisme politique israélien.

C'est d'ailleurs devenu le coeur de la campagne de Tamar Zandberg ou de Tzipi Livni, éhontément effacées de l'affiche de campagne qui prône le rassemblement (face à Netanyahu) dans la ville religieuse de Bnei Brak...

Sur le compte Twitter de Tzipi Livni: "Ce n'est pas que mon visage que la mairie de Bnei Brak a décidé d'effacer, mais le visage des Femmes d'Israël. Rejoignez mon combat."

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Sur le compte instagram de Tamar Zandberg, #NeMeSupprimezPas

"Cette dernière semaine nous avons découvert que les sociétés d'affichage refusaient de publier les images de femmes. Simplement car ce sont des femmes. Pour nous il importe peu de savoir d'où tu es, qui tu soutiens, mais il y a un point sur lequel nous sommes toutes d'accord: personne n'a le droit de te nous supprimer"

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Autre exemple, l'exclusion de Tzipi Livni du camp qu'elle a fondé, par Avi Gabbai. L'exclusion en elle-même importe peu; ce qui est intéressant c'est la façon dont cette exclusion a été faite, en direct, face aux caméras, une humiliation des plus totales, un manque de respect mais surtout un comportement paternaliste et condescendant.

Il est donc absolument nécessaire de rendre les femmes visibles au sein d'un dessein politique genré - le patriarcat - qui cherche à neutraliser la femme.

Le résultat, entre autres, d'une militarisation de la société

J'ai souvent le sentiment ici que l'on reproche à la femme d'être femme. La femme doit penser puissant, la femme ne pleure pas, la femme est un boss. Mais comme si c'était tout, elle doit aussi cuisiner, sourire, être gentille, faire du sport. C'est une forme de violence des plus incroyables que je vis au quotidien dans mes rapports: au travail, dans l'intimité, entre amis.

La frontière entre le civil et le militaire en Israël est extrêmement poreuse - perméable, voire même ambigue. La sur-militarisation entraîne une violence domestique décomplexée. Elle peut être le résultat de traumatismes, ou plus simplement de comportements violents adoptés/observés à l'armée. La militarisation de la société affecte les femmes sur une base quotidienne: dans le bus, au lit, au café, au travail, sur facebook, autour d'un verre... Une violence qui commence (enfin) à faire les titres : le combat des femmes contre les violences conjugales, les femmes tuées depuis le début de l'année. Un mouvement se lève pour dénoncer le silence et le manque de moyens et de visibilité attribué aux femmes pour se protéger/se défendre.

Il est également nécessaire d'ouvrir le débat sur cette question: comment la militarisation de la société essentialise la "femme"? Quand la société prendra conscience du rôle attribué à la "femme" dans le jeu masculin, elle sera enfin âpte à résister et lutter contre la normalisation de la violence, sa condition, la militarisation de la société et le masculinisme comme référence absolue.

C'est le genre dominant qui décide de ce qui est féministe ou ce qui ne l'est pas. Le féminisme est déterminé selon des standards strictement genrés. "Est féministe celle qui se concentre sur carrière", "Est féministe celle qui refuse de faire à manger à son mari et qui ramène l'argent à la maison".

Erreur. C'est une discrimination inversée. Est féministe, toute femme qui décide pour elle même de quels sont ses standard et valeurs. Une femme libre de ses choix, une femme libre.

Un homme peut être féministe, à partir du moment où il défend l'émancipation de la Femme au sein de la société, mais surtout dénonce les caractères genrés qui définissent beaucoup trop d'aspects de notre vie.

Une femme qui porte une mini-jupe, trop maquillée, peut rapidement être la cible de pseudo-féministes clamant "grand Dieu, elle joue le jeu du conditionnement de la femme!". Non, si ce choix est libre et non-conditionné. Si ce choix est voulu et revendiqué. Une féministe n'a pas à s'excuser ni à se justifier d'être femme, voire d'être.

Le pire c'est quand les femmes défendent et promeuvent ce genre de comportements, ou propos médiocres. Un processus d’aliénation agressif, une naturalisation de la subordination féminine qui finalement se complaît dans le rôle qui lui est attribué par son pair.


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by LK (2018)

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