Pourquoi les manifestations en Israël n’ont aucun intérêt politique ?


Récemment en Israël, il y a eu la protestation des "gilets jaunes", des femmes, des handicapés, des LGBTQI, des druzes, les manifestations contre la loi-nation, contre les combats à Gaza, manifestations véganes… Tant de manifestations - légitimes sur le fond, inutiles sur la forme - qui se suivent, se ressemblent, et n'aboutissent à rien.

A quoi ressemble une manifestation en Israël ?

Pour décrire cela grossièrement c’est à cela que ça ressemble : tout le monde se rassemble sur la symbolique place Rabin avec des pancartes, une grande scène est installée, des politiques viennent s’exprimer au micro, des chanteurs viennent mettre l’ambiance. Et ces manifestants avec leurs darboukas et leurs guitares. Il y a des drones qui filment dans les airs l’ampleur de la manifestation, pour une plus belle couverture médiatique.

Il y a des expositions artistiques publiques : des centaines de paires de chaussures rouges déposées sur la place Habima pour dénoncer le féminicide. 25 femmes ont été tuées depuis le début de l’année en Israël. Cette exposition est loin d’être originale puisqu’elle reprend le projet de l’artiste mexicaine Elina Chauvet « Zapatos Rojos », datant de 2009.

J’ai bien aimé également le concept de 2011 : installer des tentes sur Rothschild pour dire « on en a marre de la vie chère ». Efficace ? Non, mais symboliquement le prix du cottage a baissé, de quoi faire taire les tel-avivis payant leur appartement délabré à des sommes exubérantes…

Voilà, c’est ainsi que commencent les « révolutions » en Israël, on comprend mieux pourquoi elles ne risquent pas d’être prises au sérieux par nos politiques.

Néanmoins, ceux que l’on écoute ce sont : les ultra-orthodoxes qui sortent manifester avec violence dans les rues de Jérusalem, et pour eux, il y a du changement.

Mais à quoi sert de manifester ? La manifestation est l’expression même de la démocratie directe. C’est un acte collectif qui vise à interpeller le pouvoir politique, les autorités à agir sur une cause particulière.

La culture de la manifestation à la française. En France, la manifestation est le symbole du conflit, le symbole de la révolution. Car on parle bien de la rue comme héritage historique. La manifestation est toujours considérée comme légitime, car seul le peuple est légitime face au pouvoir, même si ce dernier a été légalement élu.

La culture de la manifestation et de la grève en France, remonte à sa dépénalisation précoce : en 1864. 20 ans après, ce sont les syndicats qui sont autorisés ! On comprend donc que les rapports sociaux entre le patronat et les employés se sont construits historiquement tôt, créant de facto une forme de « régulation conflictuelle ». C’est ainsi en France que l’on résout les problèmes. Par la rue, le pavé, la grève, la revendication; à la condition que tout le monde joue le jeu.

A la différence d’Israël, ces manifestations sont scrutées avec beaucoup d’attention de la part du gouvernement et des autorités. Peut-être parce que l’on se rappelle que les plus grandes manifestations ont finies avec des têtes coupées ?

Que faudrait-il pour être pris au sérieux et écouté en Israël ? Les élites politiques sont totalement déconnectées de la réalité du terrain : prenez donc le Premier Ministre qui prétend découvrir la situation catastrophique des violences faites aux femmes… Le fromage est cher? Il ne peut pas le savoir, car comme en France la plupart des politiques ne connaissent pas le prix d'un pain au chocolat. Ou encore Yair Lapid qui se déguise en gilet jaune pour contester le coût de la vie...

Ils nous rient au nez, observant depuis leur écran ces revendications en carton. Et je rie aussi, mais je rie jaune. L’argument de la droite – efficace – pour décrédibiliser toute forme de revendication sociale en Israël : pas le temps de s’occuper de ces conneries, la situation sécuritaire est bien plus importante.

Je ne pourrais jamais préconiser la violence face à la violence d’Etat, mais à l’instar des français il faudrait réussir à scléroser la vie publique : bloquer les routes, les services. Impliquer les syndicats, organisations.

Néanmoins, je pense qu’avant tout cela il faudrait commencer par éduquer : éducation à la citoyenneté, au droit de grève et de manifester, éducation à la démocratie directe. J’invite chaque israélien à prendre conscience de ses droits et devoirs.

Il est grand temps à mes yeux de dissocier ces deux choses et par conséquent de (re)construire une gauche : pas celle construite sur la dichotomie du conflit, mais une gauche socialiste, basée sur des revendications sociales et économiques.


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by LK (2018)

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